
Ce 18 mai 2026, deux hommes prennent la voiture pour mettre le feu à un restaurant situé à Saint-Cloud.
L’incendie est déclaré au 5 rue Dailly à 2H20 du matin. Il s’agit d’un immeuble de 4 étages abritant 20 familles. Heureusement, le feu est neutralisé avant de provoquer des victimes.
Grâce à une caméra de vidéosurveillance et des témoins, la police reconstitue les événements : deux hommes sont filmés en train de verser de l’essence sur la façade du restaurant situé au rez-de-chaussée, « Original Farmer », avant d’allumer un feu. L’hypothèse d’un simple accident est de suite écartée.
Un seul homme est finalement interpellé. C’est lui qui se trouve à l’audience du jour, à Nanterre, ce 20 mai 2026. Il est jeune, n’a pas l’air d’avoir 25 ans. Il clame son innocence depuis le box des prévenus.
Une autre personne, assise dans le public, s’avance à la barre. C’est un trentenaire, habillé d’un blouson noir, il est le propriétaire du restaurant. Son nom est Monsieur E.
La présidente interroge le gérant : Votre Master Poulet avait-il déjà subi une dégradation ?
L’établissement sinistré, bien qu’ayant changé de nom, est désigné par les magistrats sous le nom « Master Poulet », un nom bien connu de la presse puisque l’enseigne a déclenché la polémique à plusieurs reprises cette année.
_ Jamais, répond le propriétaire
Gérant de 17 établissements Master Poulet, Il est venu à l’audience par curiosité, pour savoir si le prévenu est un concurrent de l’enseigne.
Fondé en 2019 par l’entrepreneur Chouaib Benbakir, Master Poulet a connu un développement fulgurant grâce à son modèle économique défiant toute concurrence : du poulet halal vendu à bas prix. Le restaurant ouvre ses portes dans plusieurs villes de France et de Belgique. Depuis quelques mois, Master Poulet continue d’accroître sa notoriété à coups de scandales, on pense notamment à cette polémique à Saint-Ouen où le Maire a voulu faire fermer le restaurant, lui reprochant notamment sa « malbouffe » et ses nuisances.
Pourtant, l’Original Farmer implanté à Saint-Cloud a été jusqu’ici sans histoires, fréquenté par des étudiants et les habitants du quartier pour ses menus abordables. Si les avis Google présentent quelques commentaires mécontents, la majorité des commentaires soutient un rapport qualité/prix intéressant.
Le tribunal demande l’ampleur des dégâts suite à l’incendie. Des conséquences modérées, puisque le fast-food rouvre ses portes après seulement deux jours de travaux.
« Souhaitez-vous vous porter Partie Civile ? » demande la présidente. « Si vous vous portez Partie Civile, votre restaurant sera considéré comme victime de ce qui s’est passé, et vous pouvez demander dommages et intérêts ».
Le propriétaire hésite. « Je ne sais pas qui a fait ça »
_ C’est le tribunal qui va le déterminer, lui répond la présidente.
Toujours à la barre, mais sans se constituer Partie Civile, Monsieur E. continue de répondre aux questions des différents partis.
_ Avez-vous des différends avec un client ? demande l’avocat de la défense.
Mais Monsieur E., qui gère plusieurs entreprises, ne travaille pas sur place. Il ne sait donc pas s’il y a eu une altercation récemment.
Le tribunal se tourne vers le prévenu, un jeune homme à l’allure nonchalante, qui ne semble pas impressionné le moindre du monde par l’assistance. Il s’appelle Nathan, Il vit à Trappes, et travaille en tant que préparateur de commandes en supermarché le jour, et livreur Uber Eat le soir. Rien dans son profil n’indique un quelquonque lien avec un éventuel concurrent revanchard. Comme le soulignera plus tard son avocat, il n’a pas de mobile pour mettre le feu à Original Farmer.
Pourtant, plusieurs éléments ont orienté les enquêteurs vers ce jeune garçon.
Les policiers ont d’abord cherché à isoler les lignes téléphoniques qui ont borné sur trois points de passage stratégiques préalablement définis. Ils vont obtenir un numéro de téléphone, celui d’une femme vivant à Trappes. Après vérification, c’est en fait son fils, un certain Nathan, qui utilise ce téléphone.
Autre indice concernant les suspects, les éléments de témoignage indiquent que les deux incendiaires se déplaçaient dans une voiture de la marque Citroën. Nathan est justement propriétaire d’une Citroën depuis quelques mois.
Enfin, l’itinéraire de l’application WAZE sur le téléphone… Elle est paramétrée pour emmener son utilisateur de Trappes à Saint-Cloud…. Le soir des faits.
Face à ces éléments à charges, le jeune homme se défend. Ce n’était pas lui qui utilisait son téléphone ce soir-là. C’est « quelqu’un de très réfléchi » qui savait ce qu’il faisait. Mais il ne donne aucun nom, ce qui laisse la présidente et ses auditrices perplexes.
Lors de ses réquisitions, la procureur se montre intraitable avec ce prévenu dont elle déplore le comportement. Depuis qu’il a été interpellé, il ne s’est pas montré très coopératif avec les policiers. Nathan leur répond mal et les a même assénés d’un « trous du cul ! ». Une personnalité borderline, comme le souligne le diagnostic psychologique.
Quant aux faits reprochés, ils sont très graves : ce sont 20 familles qui se reposaient cette nuit-là dans l’immeuble et qui auraient pu périr dans les flammes. De quoi prendre cette affaire très au sérieux, la procureur demande donc 24 mois d’emprisonnement dont 12 mois assortis d’un sursis, et l’obligation de payer pour la réparation des dégâts matériels. Le mandat de dépôt, demandé pour les mois d’emprisonnement, signifie que le prévenu partirait en prison juste après l’audience.
C’est au tour de l’avocat de la défense de s’exprimer. Il a plusieurs arguments en faveur de son client : celui-ci n’a pas de casier judiciaire, et il est rare qu’un individu commence sa carrière criminelle par un acte d’une telle gravité. Et puis, il a vu les images de la vidéo surveillance. Le prévenu ne correspond pas aux gabarits des deux hommes filmés sur les lieux du crime. Dernier argument à décharge : il n’a pas de mobile !
Suite aux délibérés, le tribunal condamne finalement Nathan à 6 mois de prison aménageables : il n’ira pas en cellule mais devra porter un bracelet électronique dans son quotidien. Celui-ci écoute sa sentence, debout, dodelinant comme s’il s’ennuyait de la situation. Son attitude lui vaut une ultime réprimande : « Il y a des codes sociaux dans la vraie vie ! » cingle la présidente, plus irritée que jamais.
